Samedi 28 février 18h30

Je reçois un coup de téléphone de mon ancien maître de manège, une dame, celle qui m’a mis à cheval lorsque j’étais adolescent, à qui j’avais offert le Maître de manège.  Pour rappel, le début de l’histoire : cliquez

- Je viens de terminer ton livre, me dit-elle.

- Ah ! Alors ?

- C’est un très beau cadeau que tu m’as fait.

- …

- Il est d’une grande simplicité, d’une très grande beauté…  et d’une humanité réelle.

Evidemment, ça fait plaisir, surtout lorsque ça vient d’un professeur d’équitation et qui plus est, je le sais, est une femme qui a de la profondeur.

- Je crois que je vais le relire, continue-t-elle.

- Eh ben !

- Même le début qui se passe dans les soieries, il montre la réalité et, en même temps, c’est un peu magique.

Je n’ai pas compris ce qu’elle a voulu dire par le mot : magique. J’imagine que, pour une dame de 80 ans qui a passé sa vie parmi les chevaux, le monde des entreprises industrielles tel qu’il est décrit en première partie du roman donne un sentiment d’irréel. Je ne sais pas.

- J’aime tes personnages, parce qu’ils ne sont pas parfaits. Ce sont de simples hommes.  Ce monsieur Rideau, il est très bien vu. J’en ai connu plusieurs qui lui ressemblaient. Des anciens militaires, souvent (NDLR : il y a quarante ans, lorsque j’ai moi-même commencé, l’équitation dans les clubs était encore enseignée par des anciens officiers de cavalerie). Des hommes passionnés, intransigeants, parfois à moitié fous. Certains d’ailleurs étaient proprement invivables. J’ai aimé comme tu as décrit celui-là, original, avec tous ses excès.

- …

- Et puis, tous ces personnages, une fois le livre refermé, on a envie de rester encore avec eux.

ça, c’est gentil.

- C’est un très beau cadeau que tu m’as fait, répète-t-elle…  J’aurais voulu te l’écrire, mais mes doigts ne vont pas très bien en ce moment. Alors, par téléphone, c’est bien aussi.

Je demande comment elle se sent, comment va sa santé.

- Plutôt bien ! Je dois retourner ces jours-ci en chimiothérapie. C’est un traitement fatigant. Mais je vais bien.

Elle ne s’étend pas. Elle préfère me parler de chevaux et de cavaliers. Je lui promets que je reviendrai prendre de ses nouvelles. Elle me remercie encore. C’est plutôt à moi de la remercier. Au moment de raccrocher, elle me dit avec beaucoup de pudeur :

- Est-ce que je peux te demander de t’embrasser ?

Je ne peux m’empêcher d’avoir un petit pincement lorsque je repose le combiné.